L'histoire des guides

Le Buet et les frères Deluc, des aristocrates genevois

Le 20 septembre 1770, les frères Deluc atteignent les premiers le sommet du Buet où ils y font diverses expériences comme par exemple calculer le temps nécessaire pour porter de l’eau à ébullition à cette altitude. Ils furent également les premiers à utiliser le baromètre pour mesurer une altitude.

Le premier touriste de la vallée de Sixt fut Saint François de Sales, en 1603, venu au Cirque du Fer-à-Cheval constater les dégâts de l’éboulement de Tête Noire survenu une année plus tôt.
Avant 1764, Horace Bénédicte de Saussure s’était rendu à Sixt pour effectuer des observations géologiques.

Dès 1790, les sentiers de communication entre la vallée de Sixt et celle de Chamonix figuraient sur la “Carte en perspective de la vallée de Chamonix et de ses montagnes avoisinantes”.
Entre 1848 et 1863, des touristes célèbres visitèrent la vallée de Sixt. Les Princes d’Orléans, les enfants de Victor Emmanuel, le Ministre Cavour, le Prince Napoléon et, en 1884, Guillaume II alors Kromprinz d’Allemagne.

Pendant ce temps, les montagnes du Haut-Giffre encore méconnues étaient peu à peu parcourues par des géologues, des naturalistes ou encore des topographes. Ceux-ci précédèrent les alpinistes attirés par la sauvagerie des lieux.

En 1857, apparut Alfred Wills, avocat à la Cour d’Angleterre et membre fondateur de l’Alpine Club. Il est tombé amoureux de la vallée après avoir gravi le Buet avec le guide Auguste Balmat (petit neveu de Jacques Balmat). Cet Anglais fit construire “ Le Nid d’Aigle” au Cirque des Fonds à 1400 mètres d’altitude.
En 1883, Sixt recevait une délégation du C.A.F. qui fit un banquet en plein air au Fer-à-Cheval à l’occasion de sa création.
En 1891, la première cantine du Fer-à-Cheval était construite. Tout près d’elle, un mirador de bois permettait d’admirer les cascades.
En 1899, Pierre-Marie Moccand dit “Pierre au merle” construisit un café-musée au Molliet. Là, étaient exposés une importante collection de clichés photographiques et des animaux empaillés.
En 1910 c’est le Refuge du Grenairon qui fut construit et, trois ans après, on aménagea un vieux chalet d’alpage à Vogealle.
En 1932 le chemin de fer arrive jusqu’à Sixt et une route carrossable fut construite jusqu’au Fer-à-Cheval et, en 1934, Sixt reçut les Etats Généraux du Tourisme.

Naissance de la Compagnie des Guides

Après l’ascension historique du Buet et l’arrivée des premiers voyageurs, les montagnards de la vallée vont offrir leurs services comme guides pour des visites des vallées, du Fer-à-Cheval et des Fonds.
A partir de 1830, William Rayer établit une liste de six guides qu’il recommande aux touristes. En 1856, ces professionnels sont constitués en société et travaillent à tour de rôle. En 1863, treize guides dont cinq aspirants et deux propriétaires de mulets forment la société. Enfin, le 20 janvier 1865, la Compagnie des Guides de Sixt est créée sous l’autorité de M. Allamand, maire, et de M. Guy, sous-préfet de Bonneville.
Pour faire partie de la compagnie, les candidats doivent habiter la commune, avoir au moins 21 ans et pas plus de 50 ans, savoir lire et écrire, connaître les localités de la région et les curiosités susceptibles d’intéresser les voyageurs. La commission d’examen d’entrée se compose du juge de paix (président), du maire (vice-président), du guide chef, du guide délégué et de l’instituteur. Elle se réunit du 1er au 10 mai de chaque année. Les candidats sont ensuite commissionnés par le sous-préfet et doivent porter une médaille prouvant leur appartenance à la Compagnie.
La Compagnie des Guides fonctionne officiellement jusque vers 1880, mais dans les années qui suivent, on continue à faire découvrir les montagnes de la vallée aux touristes; trois montagnards de Sixt s’illustrèrent en particulier en faisant de l'activité de guide un métier à part entière. Ce sont Joseph Raphet et ses fils Louis et Eugène.

Joseph Raphet dit “Tour Sallière”, né en 1859, commence à exercer le métier de guide vers 1880. Il est nommé guide de deuxième classe le 20 décembre 1907. Il fait sa première course officielle le 6 juin 1908 au Buet. A cette époque, la course la plus demandée était la traversée Sixt-Chamonix par le col d’Anterne. La traversée Ruan-Tenneverge est faite plus rarement mais c’est elle qui laisse le plus d’émotion aux touristes car elle se déroule dans un décor sauvage, parmi les glaciers et sous des parois impressionnantes. 
Mais la course préférée de Joseph Raphet est la Tour Sallière, sommet suisse voisin du Mont Ruan. Il en parle tellement que le nom de ce sommet devient son surnom. Il exerce jusqu’en 1919 et meurt peu de temps après en 1922.

Louis Raphet, fils de Joseph, devient rapidement un bon guide. Il accompagne souvent dans la montagne le géographe réputé Robert Perret, ancien élève d’Henri Vallot. A partir de 1911, Louis Raphet suit le géographe durant de nombreux étés, parcourant les massifs du Buet, des Fiz et de Platé dans tous les sens. A partir de 1920, le guide et le géographe partent à la découverte du Mont Blanc et de son massif avec un bon nombre de courses à leur palmarès. Le 18 février 1925 Louis Raphet est nommé guide première classe. Lorsqu’il n’est pas employé par le géographe, Louis Raphet travaille pour le compte des hôtels de Sixt ainsi qu’avec ses clients particuliers. Il cesse d’exercer en 1948 et meurt deux années plus tard à l’âge de 58 ans.

Les vicissitudes de l'Avènement du tourisme

En 1842, on propose au Conseil de Sixt la création d’un chemin muletier reliant la vallée du Giffre à la vallée de l’Arve. L’échange entre les deux vallées serait amélioré, apportant aussi un débouché supplémentaire aux guides et commerçants du village de Sixt. Ce projet rencontre de vifs désaccords pour une partie de la population. Avec l’afflux des étrangers et des voyageurs, ils craignent des habitudes de vagabondage et de mendicité chez les uns et le dégoût des travaux de la campagne chez les autres. Les bonnes mœurs ont tendance à s’altérer.
En 1863, le préfet de Haute-Savoie consacre Fr. 12000.- pour l’amélioration du chemin de Sixt à Chamonix. 
Et c’est à cette période que la vallée voit l’arrivée d’Alfred Wills et de son projet de construction d’un chalet de plaisance à l’alpage des Fonds. Il y a de vives oppositions à ce projet. Les opposants menés par le curé Greffier voient d’un mauvais œil la venue de cet alpiniste protestant. Finalement, en 1859, la construction du chalet débute.

Auguste Balmat (petit neveu du chercheur d’or) est le premier régisseur. Le Nid d’Aigle, appelé “Le Château”, va voir arriver chaque année une petite population anglaise. Après des débuts mouvementés, les relations entre les anglais et la population locale, jusqu’alors mauvaises, s’améliorent et deviennent même très cordiales.
Pendant la Deuxième guerre mondiale de 39-45, le Nid d’Aigle reste inoccupé. Quelques années plus tard, la famille Norton trouve une demeure en mauvais état. Le chalet a été pillé pendant l’Occupation. Il est alors mis en vente et c’est M. Lucas, un compatriote, qui en fait l’acquisition.

L'alpinisme La flore Grenairon à Vogealles