Le cirque, ses cascades et le Giffre

Au Fer-à-Cheval, dans cet amphithéâtre zèbré par les chutes d’eau provenant de la trentaine de cascades que comprend le cirque, une seule question nous vient à l’esprit : mais d’où vient toute cette eau ?

Le cirque et ses cascades

Ce nombre élevé de chutes et leurs débits relativement forts résulte de diverses causes.
A Samoëns (700 m d’altitude), on mesure 1700 mm d’eau par an. A 2500 m d’altitude, dans la même région, la moyenne est de 4000 mm dont une grande partie sous forme de neige. Ce qui place le massif du Haut-Giffre à la première place dans l’échelle pluviométrique des Alpes françaises.
Les sommets calcaires avoisinants laissent pénétrer l’eau qu’ils reçoivent dans le réseau souterrain du karst. Les résurgences ou les sources n’apparaissent que plus bas sur le versant. A ces endroits, le terrain moins perméable laisse sortir cette eau dans les pierriers. Mais si l’eau rencontre des barres calcaires pratiquement verticales, elle chute en formant une belle cascade.
La proximité des glaciers plus ou moins importants comme le glacier du Ruan, le glacier de Prazon ou encore celui des Fonds. Ils assurent une réserve d’eau considérable lors de la fonte des neiges. C’est à cette période, vers le mois de juin, que le Giffre atteint son débit le plus haut, avec 40 m3 à la seconde.

Ces cascades ont reçu des noms d’inspiration très variée

Par exemple: La Méridienne (tiré de méridien). Lorsque les anciens voyaient le soleil qui illuminait le haut de la cascade, celà signifiait qu’il était midi.
La Fontaine de l’Or avec sa légende: un montagnard chanceux avait trouvé un filon d’or non loin de cette cascade. Il avait commencé à exploiter sa découverte lorsqu’un jour le filon disparut. Le pauvre eut beau multiplier ses recherches, il ne put le retrouver. Or, la cascade bondit sur un rocher de couleur rougeâtre. Boit-elle, à longueur de siècle, une intarrissable réserve d’or?
Le Joaton, Pissevache, la Lyre, la Genette, Folly, la Citerne, la Massue, Saint-Jacques, Contrainte, Tré la Chaume, Gurrets... Tous ces noms reflètent une histoire liée à chacune d’entre elles.

Cet immense débit d’eau peut aussi s’expliquer par l’absence totale d’infrastructure hydroélectrique ou de captage construits par l’homme.
Le Cirque du Fer-à-Cheval et du Fond de la Combe ont été modelés par les glaces de la période glaciaire. 
Si la forme caractéristique en auge des vallées glaciaires est encore visible au Fond de la Combe, l’influence des glaciers est plus ou moins effacée au Fer-à-Cheval. En effet, si le Fer-à-Cheval a été et est toujours un entonnoir torrentiel soumis à l’action des glaces, les processus d’érosion liés à l’écoulement des eaux superficielles ont laissé des traces généralement plus récentes.
L’évolution du Fond de la Combe n’est pas identique. Ce couloir fut certainement, dans un passé géologique très éloigné, une ancienne galerie aquifère souterraine dont l’effondrement a créé un canyon. Ce dernier a été déblayé et élargi par le glacier qui l’a emprunté. Il ne reste du vieil appareil karstique que la résurgence des sources du Giffre au Bout du Monde. Quelques cônes torrentiels ou d’avalanches assez récents modifient le dessin de l’ancienne auge glaciaire.

La capture d’eau valaisanne au profit du Giffre

La source du Fond de la Combe ne tarit jamais, même lors d’étés très secs. Ainsi, en 1985, son débit fut toujours supérieur à 200 litres à la seconde.

Une étude de J. Sésiano (2004, L’hydrogéologie. 10 ans de recherches dans la région d’Emosson et du Fer-àCheval. Nature et Patrimoine en pays de Savoie, n° 12, pp 11-21) a mis en évidence que l’eau du Giffre a pour origine les glaciers suisses des Traverses, des Rosses, des Ottans jusqu’aux glaciers du massif de la Tour Sallière et emprunte ensuite les vides karstiques développés dans les couches du Tithonique. L’autre partie de l’eau du Giffre provient des différents torrents de surface issus des glaciers de Prazon et du Ruan.

Ces eaux destinées topographiquement au versant du Rhône valaisan se trouvent ainsi détournées dans le bassin de l’Arve savoyarde. Cependant au bout du compte, les eaux du Rhône, comme celles de l’Arve, se retrouvent dans la Méditerranée.

Le débit du Giffre sur Sixt-Fer-à-Cheval est modifié par la présence d’ouvrages hydroélectriques (usines et retenues) : prise d’eau de Giffrenant, prise d’eau du Brairet, prise d’eau de Salvagny et les prises d’eau du barrage d’Emosson (deux prises d’eau situées sous le glacier du Prazon et du Ruan).

La réserve naturelle Grenairon à Vogealle