La géologie

Nous voilà quasiment à la fin de cette deuxième journée sur le Tour du Ruan. Les terrains rencontrés durant ces heures de marche sont des roches sédimentaires de la Nappe de Morcles.
Les lignes qui suivent sont un peu plus techniques.
En m’appuyant sur des études géologiques effectuées dans la région, j’ai fait une synthèse des différentes roches observées dans la région.

Description des roches

Au fond du Cirque du Fer-à-Cheval (Le Pelly, Fenêtre des Pellys), on trouve des roches plus anciennes que le Jurassique moyen. Il s’agit de micaschistes (socle cristallin) surmontés de quartzites et d’argilites bariolées triasiques, et ensuite des cornieules et des calcaires dolomitiques (c’est-à-dire la série type du Trias autochtone des Aiguilles Rouges), puis des schistes à nodules (Lias ? Aalénien ?). Dans le cirque des Fonts (Fonds), on observe des cornieules jaunâtres avec des restes de dolomies jaunes (Trias supérieur) surmontées de calcaires gris bleuté ou noirs qui seraient d’âge Lias inférieur à moyen (?).
Il est impossible de discerner s’il s’agit d’une lame de schistes cristallins arrachée au massif des Aiguilles Rouges ou si c’est un contrefort de ce massif en place.

JURASSIQUE

Argiles schisteuses foncées alternant avec des calcaires : Toarcien-Aalénien
Ces terrains n’existent pas dans le Fer-à-Cheval. Ils affleurent au col du Genévrier (versant du Vieux-Emosson), à la Finive et au col du Vieux.
Une alternance de calcaires et de marnes sombres surmontés par des calcaires spathiques à chailles : Bajocien.

Les calcaires du Bajocien inférieur se présentent en bancs métriques alternant de manière régulière avec des marnes schisteuses. Ils sont fins, siliceux, spathiques et présentent une cassure sombre. Cette partie inférieure a été datée du Bajocien inférieur par encadrement. La partie supérieure a été datée du Bajocien supérieur grâce à des ammonites. Il s’agit de calcaires en bancs jointifs spathiques ou échinodermiques avec parfois des galets dolomitiques (aspect bréchique) à patine et à cassure moins sombre que celles des calcaires du Bajocien inférieur. Vers le haut, ils acquièrent des niveaux ou chailles siliceux. Le Bajocien supérieur s’observe bien près du col de Tenneverge. Ces niveaux sont fortement plissés. Ils occupent les falaises inférieures entourant le cirque du Fond de la Combe. On les retrouve sur le contrefort septentrional de la Pointe de la Finive. Au Pas du Boret, on les observe très bien.
Epaisseur totale évaluée à 200-250 m
Marnes et argiles schisteuses : Bathonien - Oxfordien inférieur (Terres Noires)
Cet ensemble de terrains plus tendres est épais d’environ 200 m. Il détermine des vires dans les parois, des replats et des combes (Pâturage de Tenneverge). Il comporte des marnes et argiles schisteuses de couleur jaunâtre ou gris beige avec parfois quelques bancs calcaires argileux. Ces roches ont été datées grâce aux ammonites. Les argiles comportent des nodules ferrugineux et un véritable minerai de fer (type chamosite) oolithique a été exploité au-dessus des Chalets du Boret.
Calcaires schisteux : Oxfordien moyen (Faciès argovien)
Cet horizon, épais d’une cinquantaine de mètres, est formé de calcaires plaquetés et schisteux de couleur gris-bleu et à cassure sombre ou noire. Le passage avec les niveaux supérieur et inférieur est progressif.
Il a été daté par des ammonites et des protoglobigérines.

Calcaires en gros bancs et massifs :
Oxfordien supérieur - Tithonien 
Cet ensemble présente son aspect classique : il forme d’importantes parois de calcaires gris clair ou bleutés. Les calcaires sont sombres à la cassure.
La puissance est d’environ 150 m.
Il constitue le gradin supérieur du cirque du Fond de la Combe et les principaux sommets qui l’entourent.
Ils ont livré des ammonites (au front du glacier du Ruan notamment).
Au sommet du Mont Ruan, il y a des niveaux qui témoignent d’une tendance à l’émersion ou de la proximité de niveaux émergés.

CRETACE

Marno-calcaires schisteux : Berriasien
Plus tendres que les terrains sous- et supra-jacents, il forme des replats, de larges dépressions et des cols : col du Sagerou, col des Ottans.
L’épaisseur est d’environ 110 m.
Sur une base schisteuse à petits bancs calcaires, on trouve un ensemble plus carbonaté avec des bancs de 20 à 30 cm de calcaires noirs ou brunâtres à patine claire avec des intercalations de niveaux marneux.
C’est une sédimentation plus profonde que celle du sommet du Tithonien.
Il y a des calcaires néritiques à nombreux bioclastes qui sont interprétés comme des turbidites (turbidites des Ottans).
Il a été daté par des ammonites et des calpionelles.

Alternance de marnes et calcaires : Valanginien
100 m de niveaux schisteux avec de petits bancs de calcaires argileux noirs à patine jaunâtre puis 10 m de minces niveaux calcaires bien lités alternant avec des schistes noirs.

Calcaires : Valanginien terminal - Hauterivien basal
Cette formation est bien développée dans la Haut-Giffre. Il s’agit de calcaires plus ou moins gréseux avec de nombreux débris de fossiles. Il y a parfois de véritables lumachelles avec un niveau lenticulaire de 1,40 m près de la base (Bellegarde).
Marno-calcaires sombres : Hauterivien
Sa couleur d’altération brune le fait ressortir entre les bancs gris ou rousseâtres du Valanginien et les falaises claires de l’Urgonien.
L’épaisseur est de 100 à 120 m.

A la hauteur de la Pierre du Dard (1637 m), vous arrivez dans une zone parsemée de gros blocs rocheux. Et, plus haut, avant le Refuge de Vogealle, ces blocs deviennent plus abondants et forment un immense éboulis. Cet éboulis est le témoin d’un écroulement très ancien. Des éboulements comme celui-ci ne sont pas rares dans cette région. Certains ont provoqué des catastrophes.

En 1602, au Fer-à-Cheval, l’écroulement descendu de Tête-Noire tua 57 personnes. Les éboulis barrèrent le Giffre créant ainsi une retenue d’eau. Sa débâcle provoqua l’inondation de la vallée jusqu’aux Gorges des Tines en aval de Sixt.

Cette deuxième journée se termine dans le coeur d’un pli anticlinal dans des calcaires lapiazés du Jurassique supérieur. C’est dans cette cuvette herbeuse au fond plat que vous trouvez le Refuge de Vogealle.

Ces petites bâtisses de berger étaient à l’origine un refuge de montagne. Au fur et à mesure des années, le refuge devint une chaleureuse bâtisse de planches droites au toit de tôle. Equipé d’eau courante, de gaz, d’un dortoir pouvant accueillir jusqu’à 45 personnes, ce lieu est une halte très agréable et bien méritée après cette rude montée depuis le fond du Cirque.
Son gardien Hubert Gosset est très attentionné et peut vous renseigner parfaitement sur la région. Ce refuge est propriété de la commune. Cette dernière le loue à l’Association des Refuges de Montagne ainsi qu’au gardien. Un projet pour un nouveau refuge est à l’étude. Afin de bénéficier d’une meilleure exposition, il se situerait sur les rochers, à l’avant de la cuvette.

La flore La réserve naturelle Grenairon à Vogealles