Les glaciations

Sous le mur du barrage du Vieux-Emosson, les roches ont été polies et striées par l’action abrasive d’un glacier, lors de la dernière grande époque glaciaire du “Würm”.

Durant cette période, entre -75'000 ans et -12’000 ans avec deux temps forts il y a 60'000 et 25'000 ans, les glaciers recouvraient toutes les vallées jusqu’à parfois 2500 mètres d’altitude environ. Si vous observez La Veudale 2492m, vous constatez qu’il y a une différence de couleur entre le sommet de la pointe qui devait certainement sortir de la masse de glace, et la base de la pointe qui, plus claire et moins recouverte de lichens, se trouvent sous la glace, comme d’ailleurs tout ce qui se trouve au-dessous. 
Le resserrement de la vallée au niveau du barrage du Vieux-Emosson, appelé “verrou glaciaire”, est dû au fait qu’à cet endroit on trouve des roches particulièrement dures que le glacier a eu de la peine à éroder. Ici, il s’agit de gneiss oeillés. 
En général, on choisit un verrou glaciaire pour implanter le mur d’un barrage. C’est notamment aussi le cas par les deux autres barrages d’Emosson.

Le Quaternaire a débuté il y a environ 2,58 millions d’années. Cette période a connu un grand nombre de glaciations, une douzaine lors du dernier million d'années dont les quatre dernières (Günz, Mindel, Riss et Würm) sont assez bien connues. Et l’histoire de ces glaciations nous intéresse beaucoup car elle permettra peut-être de mieux comprendre l’évolution de notre climat.

Les scientifiques étudient tous les éléments organiques tels que les pollens, les bois, les restes de végétaux et d’animaux pris dans les moraines et les marais. Le bois avec la méthode de datation au carbone 14 permet de dater les terrains. Les pollens nous donnent des renseignements sur les espèces végétales de l’époque concernée. Connaissant les conditions de vie des plantes, on peut en déduire le climat de la région. Les autres restes peuvent nous apporter bien d’autres informations. Il faut toutefois préciser que l’histoire des glaciations est difficile à retracer. En effet, quand une nouvelle glaciation arrive, elle efface les traces et témoins laissés par la précédente.

Poursuivons notre itinéraire en traversant les petits tunnels après le barrage.

Là où la route s’arrête et laisse place à un chemin caillouteux, tournez votre regard sur la droite et vous constaterez que les roches sont différentes de celles que vous avez observées jusqu’à présent.
A la sortie des petits tunnels, vous retrouvez sur quelques mètres les roches du socle. Ensuite, vous traversez une zone avec des roches de couleur claire. Il s’agit de grès, d’argilites et de roches calcaires qui ont été datées du Trias (début de l’ère Mésozoïque). En fait, ici vous voyez l’équivalent du niveau à traces de reptiles que nous allons découvrir dans le fond du vallon. Malheureusement, à cet emplacement, il n’y a pas de traces fossilisées. Après ces niveaux triasiques, nous entrons dans une zone avec des roches de couleur sombre sillonnées de ravines qui se terminent par des cônes d’éboulis au bord du lac. Ces roches sont des calcaires marneux d’âge jurassique moyen (180 à 150 millions d’années). Ils appartiennent à un ensemble appelé la nappe de Morcles. Une nappe est un ensemble de terrains qui ont été déplacés, cela signifie qu’ils ne reposent plus à l’endroit où ils se sont formés. On dit que ces terrains sont allochtones. Quand nous serons sur le site à traces de reptiles, je vous expliquerai les rapports entre ces différents ensembles et comment ils ont acquis leur position actuelle.

C’est au fond du lac que vous aurez une meilleure vue sur ce contact entre le socle et la couverture en place et la nappe.

Pour en savoir plus

Coutterand S. 2013. Les glaciers du Mont-Blanc. Les comprendre, les explorer. 15 itinéraires découverte. Ed. atelier Esope.

Coutterand S. 2017. Atlas des glaciers disparus. Ed. Paulsen, collection Guérin.

Les barrages Les dinosaures d"Emosson, la fin d'un mythe Emosson à Grenairon